L’orgue Walcker du temple de Sarrebourg


Le temple protestant de Sarrebourg renferme un orgue Walcker, véritable chef-d’œuvre de la facture d’orgue symphonique allemande.

Orgue Walcker du temple de Sarrebourg
L’orgue Walcker du temple de Sarrebourg.

Une manufacture prestigieuse : E.F. Walcker

Eberhard Friedrich Walcker (1794-1872)

L’orgue du temple de Sarrebourg est l’œuvre de la maison E.F. Walcker, fondée en 1780 à Cannstatt (près de Stuttgart) par Johann Eberhard Walcker (1756-1843). En 1820, son fils Eberhard Friedrich Walcker (1794-1872) déménage l’entreprise à Ludwigsbourg (Bade-Wurtemberg). C’est ce dernier, facteur d’orgue d’un immense talent, qui fit la renommée de l’entreprise, faisant d’elle l’une des plus prestigieuses manufactures d’orgue au monde. Rendu célèbre par la construction en 1833 de l’orgue de l’église Saint-Paul de Francfort, il est appelé en de nombreux endroits, jusqu’à Saint-Pétersbourg et même Boston. Il fut à l’origine de nombreuses innovations techniques (comme le sommier à cônes en 1840), et devint le pionnier de la facture d’orgues symphoniques en Allemagne. C’est-à-dire que ces orgues, en plus des jeux classiques (principaux, bourdons, cornet, nasard, flûtes…), développent des jeux imitant différents instruments de l’orchestre (violon, violoncelle, hautbois, basson…). D’autres jeux, archaïsants, comme le cromorne, sont au contraire abandonnés. Enfin, on introduit la possibilité de faire des nuances à travers la création de pédales d’expression.

L’alter-ego français d’Eberhard Friedrich Walcker est, à cet époque, le très célèbre Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899). Bien que chacun évoluait dans une sphère culturelle très différente, on sait que les deux hommes s’appréciaient et s’inspiraient mutuellement.

Au décès d’Eberhard Friedrich Walcker, en 1872, la société qui porte son nom est reprise par ses fils Heinrich, Fritz, Paul et Karl. Ces derniers continuent sur la lancée du père, en produisant de nombreux orgues de qualité, dans la veine de celui dont le nom apparait toujours sur les consoles des instruments. En 1882-1883, elle réalise ce qui reste à ce jour un des plus beaux orgues du monde : l’orgue de la cathédrale luthérienne de Riga. C’était alors le plus grand orgue jamais construit, comptant pas moins de 124 jeux !

Au cours des dernières années du XIXe siècle, la situation politique donne à la prestigieuse entreprise de Ludwigsbourg l’occasion de réaliser plusieurs beaux instruments dans nos départements d’Alsace-Moselle, récemment annexés par l’empire allemand. Parmi ceux-ci, citons l’impressionnant orgue de l’église Saint-Paul de Strasbourg (1897)celui de l’église protestante de Saverne (1897), celui du temple de Sarrebourg (1898) ou encore celui de l’église protestante de Saint-Pierre-le-Vieux de Strasbourg (1898).

Un chef-d’œuvre de la facture d’orgue symphonique allemande

L’orgue Walcker du temple de Sarrebourg (Op. 813) a donc été construit en 1898, un an après celui de l’église protestante de Saverne (Op. 783). Les deux instruments, construits par les fils d’E.F. Walcker, ont d’ailleurs de très nombreuses similitudes. Fort heureusement, l’un comme l’autre n’ont que très peu subi de modifications au cours du XXe siècle, et l’orgue de Sarrebourg a même préservé l’essentiel de ses pièces d’origine. C’est véritablement un chef d’œuvre de la facture d’orgue symphonique allemande.

Au temple de Sarrebourg, la transmission pneumatique avec sommier à cônes – dont la maison Walcker était la pionnière avant sa généralisation dans la facture d’orgues durant la première moitié du XXe siècle – a permis un placement plus souple de la console. Ici, le choix a été fait de placer la console sur le côté, ce qui permet à la fois à l’organiste de regarder la nef (au lieu de lui tourner le dos comme cela se faisait auparavant), et de dégager de la place pour la chorale devant le buffet principal.

COnsole de l'orgue Walcker du temple de Sarrebourg.
La console de l’orgue du temple de Sarrebourg

Il dispose de trois claviers à transmission pneumatique : un Grand-Orgue, un récit expressif (tous deux de 54 notes) et un pédalier de 27 notes. L’instrument possède 23 jeux, actionnés par des dominos, et un ensemble d’un peu plus de 1000 tuyaux.

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Un aperçu de la “forêt” des tuyaux du Grand-Orgue

Voici la composition de notre orgue :

I. Grand-OrgueII. Récit expressifPédalierAccouplements
Bourdon 16′
Principal 8′
Gedeckt 8′
Viola di Gamba 8′
Quinte 2 2/3′
Dolce 8′
Octav 4′
Rohr Flöte 4′
Mixtur 2 2/3′ 4 fach
Trompette 8′
Cornett 8′ 3-5 fach
Oboe-Fagott 8′
Flauto-dolce 4′
Voix Céleste 8′
Nazard 2 2/3′
Salicional 8′
Lieblich-Gedeckt 8′
Geigen Principal 8′


Subass 16′
Violonbass 16′
Octavbass 8′
Prestant 4′
Posaunenbass16′





II/I
I/pédale
II/pédale
3 combinaisons fixes
Pédale d’expression





Gustav Bauer, premier organiste du temple de Sarrebourg

Il joue pour la première fois lors de la consécration de l’église protestante de Sarrebourg, le 27 mars 1898, sous les doigts de l’organiste, M. Gustav Bauer.

En 1917, l’armée allemande réquisitionne les tuyaux de façade de l’orgue, en étain, pour servir à l’effort de guerre. Ces tuyaux seront remplacés dès 1918 par Oskar Walcker (1869-1948), petit-fils d’E.F. Walcker, qui a repris l’entreprise familiale en 1916. Mais alors que, faute de moyens, ces tuyaux seront remplacés par des tuyaux en zinc dans la plupart des églises, ce sont bien des tuyaux en alliage d’étain qui sont reposés au temple de Sarrebourg. Comble de l’élégance, on se permet même de faire surmonter chacun des tuyaux de façade d’une couronne dorée, toujours en place aujourd’hui.

En 1939, sous l’impulsion du pasteur Erwin Teutsch, l’orgue est rénové par Georges Schwenkedel (1885-1958). Trois jeux sont alors modifiés et des boutons de combinaisons de registres ajoutés. Mais la principale innovation réside sans doute dans le remplacement des deux souffleurs (ces personnes, souvent des adolescents, chargés de pomper pour alimenter le soufflet de l’orgue) par un moteur électrique. Ce qui a, du coup, mis fin à une appropriation méconnue de l’orgue : les graffitis fait par plusieurs générations de souffleurs à l’intérieur de l’orgue ! Ce moteur, construit en 1938, est arrivé en bout de course 80 ans plus tard. Il sera donc changé en 2019, et déménagé du grenier pour être repositionné à gauche de l’orgue, dans un caisson anti-bruit.