Les vitraux du temple de Sarrebourg


Les vitraux du temple de Sarrebourg ont été fabriqués en 1897, financés par des dons de paroissiens. Conformément à la tradition protestante de sobriété dans les représentations figurées, les dessins de ces verrières sont presque toutes constituées de motifs végétaux ornementaux en grisaille, dans lesquels on retrouve régulièrement des roses et de la vigne. Mais cinq de ces verrières sont tout de même historiées. Passons en revue ces décors.

L’Agneau de l’Apocalypse

Agneau de l'Apocalypse sur un vitrail du temple de Sarrebourg
Agneau de l’Apocalypse sur un vitrail du temple de Sarrebourg

À gauche de l’entrée, un Agneau de l’Apocalypse est représenté dans un trilobe surmontant une baie triple. Il s’agit d’un agneau pascal, c’est-à-dire portant une croix, à laquelle est suspendue une bannière blanche frappée d’une croix rouge. Symbole du sacrifice du Christ, il rappelle plusieurs passages du Nouveau Testament, le premier étant une parole de Jean Baptiste : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1.29). La particularité de l’Agneau de l’Apocalypse est qu’il se tient sur le livre au sept sceaux de l’Apocalypse : « Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu as été offert en sacrifice et tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation. » (Ap 5.9)

Il semblerait que ce motif soit rare sur un vitrail protestant, et plutôt caractéristique d’une tendance luthérienne.

Les portraits de réformateurs

Vitrail de Martin Luther, temple de Sarrebourg

Puis, en haut de chaque verrière du transept, on retrouve un quadrilobe dans lequel a été figuré le portrait d’un réformateur : Martin Luther sur la verrière nord-est (celle orientée en direction de l’Allemagne), et Ulrich Zwingli sur la verrière sud-ouest. En-dessous des quadrilobes figure un discret petit écoinçon frappé des armoiries de chacun des deux réformateurs : une rose de Luther pour le premier, le blason de Zwingli-Winterthür (parti de sable et d’or à un annelet de l’un en l’autre) pour le second.

Vitrail d’Ulrich Zwingli, temple de Sarrebourg

Martin Luther (1483-1546), moine augustin et théologien allemand, est l’homme à l’origine de la Réforme protestante. Ce mouvement a démarré en 1517 avec la contestation des indulgences, avant de développer toute une théologie propre qui donnera naissance au protestantisme. Sa présence sur un vitrail du temple de Sarrebourg s’explique non seulement parce qu’il est considéré comme le point de départ de tous les mouvements protestants ultérieurs, mais aussi pour mettre l’accent sur le caractère germanique et luthérien de l’occupant allemand qui domine désormais la paroisse.

Quant à Ulrich Zwingli (1484-1531), il s’agit d’un autre réformateur de langue germanique, mais suisse cette fois. Il s’est notamment fortement opposé à Luther sur la question de la Sainte Cène, considérée comme un simple mémorial par Zwingli. Il s’agit par conséquent plutôt d’une référence appartenant au courant réformé. Sa présence sur un vitrail de Sarrebourg s’explique par la volonté de réconcilier les vieux-allemands luthériens avec les vieux-sarrebourgeois réformés de la paroisse, sans pour autant faire figurer Jean Calvin, réformateur français (politique de germanisation du territoire oblige).

Les anges musiciens

Premier vitrail d’ange musicien, temple de Sarrebourg

Les deux derniers vitraux historiés sont deux belles rosaces, de part et d’autre de la tribune de l’orgue. Sur chacune d’elles est représenté un ange aux ailes colorées, qui souffle dans une buisine (une trompette médiévale) courbée en S. Celui de gauche, vêtu de vert, tient un phylactère sur lequel est inscrit la phrase latine « Te Deum laudamus ! » (« Nous te louons, Seigneur Dieu ! »), incipit d’une des plus anciennes hymnes chrétiennes, remontant au IVe siècle. Celui de droite, vêtu de rouge, tient un autre phylactère, sur lequel est inscrit la phrase latine « Gloria in Excelsis Deo ! » (« Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! »), qui reprend le chant des anges de Bethléem (Luc 2.13-14).

Second vitrail d’ange musicien, temple de Sarrebourg
Heinrich Oidtmann (1838-1890)

L’atelier de fabrication des vitraux du temple de Sarrebourg

Tous ces vitraux datent de 1897, c’est-à-dire de la construction même du temple de Sarrebourg. Ils sont l’œuvre de l’atelier du docteur Heinrich Oidtmann (1838-1890).

Cet atelier, fondé à Linnich (Rhénanie du Nord) en 1857, était un atelier verrier important en cette fin du XIXe siècle : fort d’une centaine d’employés en 1890,  il possédait en effet des filiales à Bruxelles (créée en 1885) et à Berlin (créée en 1886). Il est à l’origine de vitraux fabriqués pour de nombreuses églises d’Allemagne, mais aussi d’Autriche, de Suisse, de Pologne, d’Islande, et même des États-Unis et d’Afrique du Sud !

La croix huguenote sur un vitrail du temple de Sarrebourg
La croix huguenote sur un vitrail du temple de Sarrebourg

La croix huguenote

Enfin, l’évocation des vitraux du temple de Sarrebourg ne serait pas complète sans le plus récent d’entre eux. Il s’agit de l’oculus de la rosace de la loge impériale, qui fut sans doute endommagé au cours de la Seconde Guerre mondiale. Nous ne savons pas ce que figurait le vitrail d’origine ; mais dans les années d’après-guerre, il fut décidé d’y placer un nouveau vitrail, à fond rouge, représentant une croix huguenote. Il s’agit pourtant d’un emblème originaire du sud de la France. Mais c’était là, pour la communauté protestante de Sarrebourg, une façon de réaffirmer le caractère réformé de la paroisse, et d’afficher son attachement au protestantisme français, après les deux annexions allemandes.

En savoir plus sur la symbolique détaillée de la croix huguenote.