Les cloches du temple de Sarrebourg


Le temple de Sarrebourg dispose de quatre cloches, baptisées Luther, Calvin, Zwingli, et « Christ est ma vie » pour le gros bourdon (mais on le surnomme « Kaiserglocke »). Aucune n’est d’origine, mais elles ont déjà toute une histoire…

Les quatre cloches du temple de Sarrebourg
Les quatre cloches du temple de Sarrebourg
La fonderie de cloches Ulrich-Schilling d’Apolda, où ont été fondues les premières cloches du temple de Sarrebourg – © wikimedia commons

Les premières cloches

Les cloches d’origines, fabriquées en 1897, étaient l’œuvre de la très réputée fonderie de cloches Ulrich-Schilling d’Apolda, en Thuringe, dirigée par Franz Friedrich August Schilling (1830-1926). Le gros bourdon, d’un poids respectable de 2600 kg (son battant pèse, à lui seul, plus de 80 kg) pour un diamètre de 163 cm, est surnommé « Kaiserglocke », en hommage à l’empereur Guillaume II. La raison de ce nom de baptême réside dans le fait que l’état-major du Kaiser avait contribué au financement du temple à hauteur de 5000 marks. Il s’agit, encore aujourd’hui de la plus grosse cloche de tout l’arrondissement de Sarrebourg (elle dépasse d’une tonne et de deux tons les autres plus grosses cloches). À l’époque, la célèbre fonderie avait déjà fabriqué, en l’espace de 10 ans, onze cloches de plus de 3000 kg, dont deux dédiées à l’empereur Guillaume II.

Le temple de Sarrebourg en 1914
Le temple de Sarrebourg après le bombardement du 20 août 1914

Le 20 août 1914, dès le premier mois de la guerre, un violent bombardement s’abat sur Sarrebourg. La toiture du clocher du temple est endommagée. Les cloches, elles, résistent aux obus ; mais elles ne gagnent qu’un court répit. En 1917, en effet, l’armée allemande, à court de métal pour son armement, les réquisitionne, ainsi que les tuyaux de façade de l’orgue, pour les fondre. Le gros bourdon, cependant, est épargné : il doit son salut à son nom, « Kaiserglocke » ; on ne peut décemment détruire un objet dédié à l’empereur…

Première refonte

Les trois cloches manquantes seront refaites en 1924 par la fonderie Causard F & A, de Colmar. Chacune est surmontée de six anses à tête d’homme barbu. Elles sont bénies et installées, à l’occasion d’une belle procession fleurie, le 27 juillet 1924. Le pasteur Georges Rott (pasteur de Sarrebourg de 1918 jusqu’à son décès en 1930) préside la cérémonie. On a baptisé les trois nouvelles cloches du nom des deux réformateurs déjà honorés par les vitraux, Luther et Zwingli, auxquels on rajoute, pour la plus grande (forcément), le nom de Calvin. La paroisse réformée, redevenue française en 1918, n’a en effet plus de raison de ne pas honorer le grand réformateur français, figure de proue, qui plus est, du protestantisme réformé.

Les trois nouvelles cloches, encore présentes aujourd’hui dans le clocher, sont donc :

  • La cloche de Calvin (accordée en Fa 3), d’un poids de 900 kg et d’un diamètre de 114 cm. Inscriptions : SARREBOURG 1924 / CLOCHE DE CALVIN JE M’APPELLE / GLOIRE A DIEU AU PLUS HAUT DES CIEUX ET PAIX SUR LA TERRE AUX HOMMES DE BONNE VOLONTE 6 AVRIL 1924 / FONDUE PAR CAUSARD F ET A COLMAR 1924
  • La cloche de Luther (accordée en Sol 3), d’un poids d’environ 700 kg et d’un diamètre de 100 cm. Inscriptions : SARREBOURG 1924 / CLOCHE DE LUTHER JE M’APPELLE / C’EST UN REMPART QUE NOTRE DIEU / SOLI DEO GLORIA IN AETERNAM / FONDUE PAR CAUSARD F ET A COLMAR 1924. Elle est également gravée d’un portrait de Martin Luther.
  • La cloche de Zwingli (accordée en La 3), d’un poids de 460 kg et d’un diamètre de 91 cm. Inscriptions : SARREBOURG 1924 / CLOCHE DE ZWINGLI JE M’APPELLE / QUE NOS COEURS SOIENT UN SANCTUAIRE O DIEU / FONDUE PAR CAUSARD F ET A COLMAR 1924
La cloche Luther, dans son char fleuri, le 27 juillet 1924.
Les cloches Calvin et Zwingli, dans leur char fleuri, le 27 juillet 1924.
Le pasteur Georges Rott, avec quelques membres du conseil presbytéral de Sarrebourg, posant près des nouvelles cloches du temple, le 27 juillet 1924.

La « Kaiserglocke »

En novembre 1944, lors de la libération de Sarrebourg par les Alliés, un obus américain endommage le bourdon emblématique du temple, la « Kaiserglocke », dernière rescapée des cloches fabriquées à Apolda en 1897. Désormais fendue, la cloche devient inutilisable. Quelques années après son arrivée en poste à Sarrebourg en 1949, le pasteur Ernest Bilger (pasteur de Sarrebourg de 1949 à 1964), lance avec le conseil presbytéral le chantier de sa restauration. La cloche est donc descendue du clocher pour être envoyée à Villedieu-les-Poêles (Manche) afin d’être refondue, dans la fonderie Cornille-Havard. Pour l’anecdote, lors de l’opération de sa descente du clocher, l’imposante cloche (rappelons qu’elle pèse 2600 kg !) frôle la statue du Christ qui orne le portail et… lui casse un doigt ! La mutilation est toujours visible aujourd’hui.

Monsieur Witter à la fonderie de cloches Cornille-Havard de Villedieu-les-Poêles, en 1955.

Sous le contrôle de Monsieur Witter, président du conseil presbytéral, la cloche, terminée à l’été 1955, est acheminée à Sarrebourg par chemin de fer. Le 8 août 1955, elle est accueillie en grande pompe parle pasteur Bilger, le conseil presbytéral et le maire de Sarrebourg, Émile Petter.

Arrivée du nouveau gros bourdon en gare de Sarrebourg, le 8 août 1955.
Arrivée de la cloche place de la gare, en présence de Monsieur le maire Émile Peter, du pasteur Ernest Bilger, et du conseil presbytéral (MM. Witter, Karl, Bier et Greib)
Départ du cortège, place de la gare.
Arrivée du cortège devant le temple.

Elle est ensuite remontée dans le clocher pour rejoindre ses sœurs fondues en 1924. Le bourdon est doté d’un nouveau nom : « Christ est ma vie ». Mais son ancien surnom de « Kaiserglocke » continue à être en usage pour la désigner jusqu’à aujourd’hui.

La cloche, à six anses à tête de lion, est accordée en Si 2. Elle pèse 2600 kg, fait 163 cm de diamètre et elle est gravée des inscriptions suivantes :

CHRIST EST MA VIE

PHIL. 1/21

LA VOIX DU CHRIST VOUS APPELLE

IL EST TEMPS DE S’EVEILLER

CORNILLE HAVARD

REFONDUE EN L’ANNEE

1955

JE REMPLACE MA SOEUR FONDUE EN

1897

En dessous en médaillon, une croix rayonnante.

La cloche “Christ est ma vie”, dite “Kaiserglocke”.

Voici à présent une vidéo qui fait entendre trois des quatre cloches du temple, dont la « Kaiserglocke ».