L’architecture du temple de Sarrebourg


Temple de Sarrebourg
Le temple de Sarrebourg
Colonne engagée du portail du temple de Sarrebourg (détail)
Colonne engagée du portail du temple de Sarrebourg (détail)

Un temple de style ogival primaire

Le temple de Sarrebourg a été bâti entre 1896 et 1898 sur les plans de Joseph Ernst, architecte de l’arrondissement de Sarrebourg. Il réalise un édifice en grès rose des Vosges de style néo-gothique, suivant les préconisations de l’Eisenacher Regulativ de 1861. Ce recueil de règles pour la conception d’églises protestantes en Allemagne recommandait en effet le retour aux styles architecturaux médiévaux, en particulier le gothique, et l’emploi d’un plan en croix latine, ce qui crée un transept jusque là étranger à l’architecture protestante.

Le triomphe du néo-gothique sera ensuite consacré par les architectes Friedrich Spitta (1852-1924) et Johannes Ficker (1861-1944), dont les théories entraînent la diffusion d’un modèle médiéval dans toutes les constructions d’édifices protestants après 1880.

Le temple de Sarrebourg s’inscrit totalement dans cette mode néo-gothique du dernier quart du XIXe siècle. Il est plus précisément de style ogival primaire. Ce style reproduit les canons architecturaux du XIIIe siècle :

  • des colonnes à fût cylindrique surmontées de chapiteaux parfois décorés de grappes de raisin et de feuilles de vigne ;
  • des arcs en ogive ;
  • l’absence d’arc-boutants, remplacés par des contreforts ;
  • la sobriété du décor et l’absence des ornements architecturaux foisonnants du gothique flamboyant, plus tardif ;
  • des fenêtres composées de trois ou quatre lancettes, chaque paire d’ogives étant coiffée par des ogives plus grandes qui, elles-mêmes, s’inscrivent dans une ogive embrassante…
Verrière de Martin Luther, temple de Sarrebourg
Verrière de Martin Luther, temple de Sarrebourg

En savoir plus sur les vitraux du temple de Sarrebourg.

Plan du temple de Sarrebourg

Le mobilier, quant à lui, et tout particulièrement la chaire, est au contraire inspiré des ornementations plus détaillées du gothique rayonnant, dans une appropriation néo-gothique qualifiée de style “à la cathédrale”.

Le plan du temple reprend, à la base, celui d’une croix latine, mais dont les angles intérieurs sont remplis par quatre tours octogonales, qui lui donnent un aspect proche de celui d’une fleur. La tour principale qui renferme l’horloge, au-dessus du portail d’entrée, est flanquée par deux tours latérales abritant les escaliers en pierre montant aux tribunes. Les deux autres tours, beaucoup plus basses, se trouvent de part et d’autre de la sacristie, à laquelle elles permettent d’adjoindre trois pièces supplémentaires dédiées, à l’origine, aux confirmands, aux leçons de chant, et à une bibliothèque.

La table de communion est une copie quasi-conforme de celle de l’église protestante de Saverne, construite un an plus tôt ; à ceci près que celle de Saverne est en grès blanc, alors que celle de Sarrebourg est en bois. Sur l’avant, figurent une croix, mais aussi quatre colonnes, qui symbolisent les quatre évangiles. Avec les six colonnes qui ornent la chaire, juste au-dessus, cela forme un ensemble de dix colonnes, qui renvoient aux dix commandements (ou “dix paroles”) du décalogue.

Croix d'autel du temple de Sarrebourg - Photo © Gilles André / Inventaire général du patrimoine du Grand-Est
Croix d’autel du temple de Sarrebourg – Photo © Gilles André / Inventaire général du patrimoine du Grand-Est

Église luthérienne ou temple réformé ?

L’architecture du temple de Sarrebourg a de quoi faire s’interroger l’observateur averti. Il combine en effet à ce point, et ce dès l’origine, les caractéristiques luthériennes et réformées, que l’on peut se demander de laquelle de ces deux confessions il relève.

La disposition intérieure (plan en longueur, magnifiant l’espace du chœur), les vitraux historiés – dont un figurant un agneau de l’Apocalypse et un autre avec un portrait de Luther et une rose de Luther – font clairement penser à une église luthérienne. Partout, sur les vitraux, ainsi que sur le pupitre posé sur la table de communion, on retrouve des roses, qui évoquent le symbole de Luther. La chaire est munie de crochets pour y suspendre un parement (ou antependium) à la couleur liturgique du jour, et elle est encadrée d’un retable original, constitué de deux tableaux d’Adolf Glatte (1866-1920) représentant des scènes du ministère de Jésus. Enfin, un crucifix (aujourd’hui relégué à la sacristie) est initialement placé sur la table de communion.

Ensemble orgue-chaire-retable-table de communion du temple de Sarrebourg - Photo © Bertrand Drapier / Inventaire général du patrimoine du Grand-Est
Ensemble orgue-chaire-retable-table de communion du temple de Sarrebourg – Photo © Bertrand Drapier / Inventaire général du patrimoine du Grand-Est

Mais d’autres indices font au contraire penser à un temple réformé : la chaire monumentale placée au centre du chœur (alors qu’elle est généralement décentrée dans les églises luthériennes), les bancs disposés en U autour du chœur, les versets initialement inscrits au-dessus des portes du chœur, ou encore le fait que l’autel a été remplacé par une table de communion amovible, en bois. Enfin, à la verrière figurant le portrait de Martin Luther fait face une autre, qui figure Ulrich Zwingli ; ce dernier est un autre réformateur, qui s’était opposé à Luther sur la question de la Sainte Cène et qui n’est guère mis à l’honneur que dans les milieux réformés.

Choeur du temple de Sarrebourg dans les années 1950.
Sur cette photo des années 1950, on voit encore les verset bibliques, et le crucifix sur la table de communion.

En réalité, ce « mélange » confessionnel s’explique. La paroisse, réformée dès l’origine, dépend toujours d’un consistoire réformé (non plus celui de Nancy, mais celui de Metz) lors de la construction du temple, qui est toujours fréquenté par les paroissiens « vieux-sarrebourgeois », dont beaucoup sont réformés. Le pasteur qui a supervisé la construction, Camille Gerbert, est lui-même réformé. N’oublions pas non plus qu’il a été nommé pour mettre fin à la brouille entre les vieux-sarrebourgeois réformés et les vieux-allemands (voir cette page). Mais, malgré tout cela, les luthériens sont devenus, avec l’arrivée massive de soldats et fonctionnaires allemands, une majorité écrasante des paroissiens de Sarrebourg. On ne pouvait, dans ces conditions, que faire des concessions de part et d’autre, et bâtir un édifice qui puisse convenir aux deux confessions. Son identification officielle reste cependant réformée, comme en témoigne son appellation d’Evangelische Kirche ou d’evangelischem Gotteshaus qui lui est donnée dès sa construction.

Le caractère réformé sera accentué dans la seconde moitié du XXe siècle avec la création d’un vitrail orné d’une croix huguenote, la suppression des parements de chaire, ou encore le remplacement du crucifix sur la table de communion par une croix de fer forgé non habitée.

La croix huguenote sur un vitrail du temple de Sarrebourg
La croix huguenote sur un vitrail du temple de Sarrebourg