Le temple d’Abreschviller


Le temple d'Abreschviller en 2014
Le temple d’Abreschviller aujourd’hui

Les débuts du protestantisme à Abreschviller

Le protestantisme a précédé de plus d’un siècle la construction du temple d’Abreschviller. C’est aux alentours de la Révolution que l’on commence à voir une présence protestante à Abreschviller. D’abord peu nombreuse (12 personnes en 1832), la communauté grandit progressivement au cours du XIXe siècle (35 protestants y sont recensés en 1851). Un premier projet de création d’une paroisse à Abreschviller, envisagé en l’an X de la République (1802) pour 375 protestants issus des communes du secteur (Dieuze, Tarquimpol, Vic, Salival, Salonne, Vibersviller), est finalement resté sans suite. Aucun lieu de culte protestant ne sera construit dans la commune tout au long du XIXe siècle. C’est donc au temple de Lafrimbolle que les protestants d’Abreschviller sont d’abord accueillis, à partir de 1846.

De la salle paroissiale au temple d’Abreschviller

Mais l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Allemagne en 1871 va changer la donne. Très vite, les nouveaux venus (essentiellement des militaires en convalescence à Lettenbach), font monter le nombre de paroissiens à 400. Une première salle de culte est donc mise à la disposition de la communauté en 1892, et un poste de vicaire est créé en 1895 à Abreschviller, devenue une paroisse autonome, à laquelle est désormais rattachée la communauté protestante de Lafrimbolle, qui conserve toutefois son propre conseil presbytéral. Le poste de vicaire est attribué à Karl Friedrich Liebrich (1868-1918). Mais cette salle de culte s’avère très vite trop petite. On fait alors appel à Joseph Ernst, architecte de l’arrondissement de Sarrebourg, pour dresser les plans d’un temple en 1899. À cette date-là, il venait tout juste d’achever le temple d’Avricourt (1897) et celui de Sarrebourg (1898). Il sera ensuite également l’architecte du temple de Dieuze (1903-1904). Le temple d’Abreschviller est financé grâce à diverses subventions publiques, ainsi qu’aux dons du Gustav-Adolf Verein (société d’entraide pour les protestants de la diaspora) et de l’empereur Guillaume II.

Le temple d'Abreschviller en 1900
Le temple en 1900, en voie d’achèvement

Les travaux se déroulent sous la responsabilité du pasteur vicaire Émile Felden. Outre l’architecte, intervinrent sur le chantier le menuisier Walih de Sarrebourg et le charpentier Hermann de Fleisheim (canton de Fénétrange). De plan rectangulaire allongé, le temple s’achève par une abside saillante flanquée de deux petites sacristies et il est pourvu d’un clocher-porche dans l’œuvre de trois niveaux d’élévation couvert d’une flèche de pan carré à égout retroussé. Trois cloches étaient prévues dans ce clocher. Mais une seule a finalement été mise en place, d’un diamètre de 100 cm, fondue par Ulrich à Apolda. Il est gravé sur la cloche la mention suivante : “Président du Conseil presbytéral Bricka, Georges Hundzinger, Maître scieur Wein, Receveur des Postes Walch. Fondue en 1900, sous la responsabilité du pasteur vicaire Feldner”.

Les moellons de grès gris utilisés pour la construction proviennent des carrières proches de Artzwiller. Le gâble du portail, la rosace du clocher, les lancettes des baies des trois travées de la nef sont des citations assez sobres de style néo-gothique. À l’intérieur, le vaisseau unique est éclairé par trois baies s’ouvrant sur chaque côté, et par la verrière du chœur. L’intérieur est couvert en charpente de bois en berceau lambrissé. Le temple d’Abreschviller est l’exemple le plus récent d’un ensemble dit “à plan allongé à abside saillante rectangulaire et à clocher-porte hors-œuvre” défini par le théoricien Johannes Ficker (1861-1944) dans son Evangelischen Kirchbau qui ne fut publié qu’en 1905. Les autres temples de cet ensemble sont : Boulay, Algrange, Hayange, Moyeuvre, et Avricourt, construits entre 1883 et 1898.

L’orgue a quant à lui été réalisé par Dalstein & Haerpfer, facteurs d’orgues à Boulay, dans une tribune qui a été édifiée spécialement pour lui quelques années plus tard.

Le temple, dit aussi “temple du Rédempteur”, est inauguré le 15 août 1901. C’est le pasteur Hermann Franz Hammes (1873-1939), de Sarrebourg, nouvellement nommé, qui préside la cérémonie d’inauguration. Au-dessus du portail d’entrée, un verset biblique a été gravé : “Einer ist euer Meister, Christus. Ihr aber seid alle Brüder.” (“Un seul est votre maître, le Christ. Et vous êtes tous frères”, Matthieu 23.8). Annexion oblige, le verset a été gravé en allemand ; un autre indice rappelle aussi la situation politique du moment : le tapis, orné des animaux héraldiques du Kaiser Guillaume II (l’aigle des Hohenzollern) et de la Kaiserin Augusta-Victoria (le lion passant).

Le verset biblique sur le portail du temple.
Le tapis, décoré des animaux héraldiques du Kaiser et de la Kaiserin.

Les vitraux

De tradition majoritairement luthérienne (contrairement aux réformés présents avant leur arrivée), les Allemands qui ont commandé la construction du temple d’Abreschviller l’ont tout naturellement doté d’éléments de décors caractéristiques de leurs conceptions théologiques. Parmi ces derniers, il est difficile de passer à côté du grand vitrail de la crucifixion qui orne le mur du chœur, derrière l’autel, qui rappelle l’importance toute particulière de l’événement du Vendredi Saint dans la théologie luthérienne.

Le vitrail de la Crucifixion du temple d'Abreschviller
Le grand vitrail de la Crucifixion, dans le chœur du temple (2,90 x 4,68 m)

Regardons de plus près l’iconographie de cette verrière. Au pied de la croix se trouvent un crâne sous un chardon (allusion au Golgotha, ou “mont du Crâne”, où a été érigée la croix, mais aussi au crâne d’Adam sur lequel la tradition veut que le sang du Christ ait coulé, image du rachat du péché originel ; le chardon symbolise quant à lui le malheur de la chute due au péché) et un serpent (image du péché vaincu par le Christ ; là encore, c’est un rappel de l’épisode de la Genèse). Les cieux sont obscurcis, comme dans le récit évangélique du Vendredi Saint, épisode également symbolisé, comme dans nombre d’autres représentations traditionnelles, par la présence concomitante du soleil (voilé d’une bande rouge) et de la lune de chaque côté de la croix. Parmi les fleurs visibles sur cette scène, on peut reconnaître des roses, symboles de la passion du Christ, et certainement des œillets, dont la forme symbolise les clous de la croix. Cette dernière est encadrée par les deux témoins principaux de la crucifixion rapportés par les récits évangéliques : la Vierge Marie (à gauche) et l’apôtre Jean, le “disciple que Jésus aimait” (à droite). Notons enfin la vigne représentée sous la croix, qui rappelle une des images utilisée par Jésus pour se désigner : “Je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron” (Jean 15.1 )

En sortant du temple, un ensemble de trois discrets petits vitraux au-dessus de la porte méritent l’attention. Ils semblent avoir été placés là pour donner à ceux qui partent une exhortation. Entre deux écoinçons figurant l’Alpha et l’Oméga, se trouve une petite rosace rayonnante, pleine de vie. En son centre, on reconnaît un chrisme (le monogramme du Christ) posé sur un soleil, et sous lequel on a placé un poisson, l’ichtus christique. Notons, et ce n’est pas un hasard, que cet ensemble chrisme-poisson est identique à celui qui orne la chaire du temple de Lafrimbolle, dans la même paroisse. Par-dessus le chrisme, une bible ouverte, donnant les références d’un verset (Jean 17. 21) : « Je prie pour que tous soient un. Père, qu’ils soient unis à nous, comme toi tu es uni à moi et moi à toi. Qu’ils soient un pour que le monde croie que tu m’as envoyé. », dont on peut lire un extrait dans le bandeau qui entoure la rosace : « QUE TOUS SOIENT UN », extrait de cette prière de Jésus. Ceci constitue une marque réformée indéniable dans ce temple de style allemand luthérien. Ces vitraux au-dessus de la porte ont été réalisés dans les années 1920 (donc entre les deux occupations allemandes) par William Geisler, maître verrier art déco de Nancy.

La rosace à la sortie du temple d'Abreschviller
La rosace à la sortie du temple

Le presbytère

Un poste pastoral est créé en 1906 pour desservir le nouveau temple. Le premier pasteur à résider dans la paroisse est Adolph Bloch (1879-1963), pasteur d’Abreschviller de 1906 à 1914. Il est d’abord logé dans un presbytère provisoire, une maison de location récemment construite près du temple par M. et Mme Halter (actuellement le 185A rue du Général Leclerc). En 1910, un presbytère est enfin construit pour le loger, de l’autre côté de l’actuelle rue Chatrian, qui longe le temple.

Ce presbytère sera utilisé jusqu’en 2012, date à laquelle le dernier pasteur résidant à Abreschviller, Philippe François (pasteur d’Abreschviller de 1993 à 2012) achève son ministère dans la paroisse, qui est alors regroupée avec celles de Sarrebourg, de Lixheim, d’Avricourt et de Dieuze pour former le secteur Moselle Sud. Le presbytère est venu à ce moment, puis a été rénové par le nouveau propriétaire.

Premier presbytère d'Abreschviller, en 1910
Le premier presbytère de location, en 1910

Le temple d'Abreschviller vers 1912
Le presbytère nouvellement construit, à gauche du temple sur la photo (vers 1912)
Le temple d'Abreschviller vers 1918
La maison forestière, voisine du presbytère, vient d’être construite (vers 1918)
Le presbytère d'Abreschviller en 2014
Le presbytère rénové en 2014, après sa vente

Les tableaux de Pascal Poirot

Enfin, la présentation du temple d’Abreschviller ne serait pas complète sans la mention des 20 tableaux qui en ornent l’intérieur. En 1997, à l’occasion de la rénovation du temple pour son centenaire (célébré en l’an 2000), le pasteur Philippe François (pasteur d’Abreschviller de 1993 à 2012), versé en art contemporain, proposa de confier à l’artiste alsacien Pascal Henri Poirot la réalisation de 20 tableaux inspirés du message biblique : le Déluge, la tour de Babel, l’échelle de Jacob, ou encore la Pentecôte font partie des thèmes évoqués. Installés fin 1998, ils rendent compte de deux options majeures de la théologie protestante : la Réforme toujours à réformer, symbolisée par le thème du chantier, et l’importance accordée à l’éducation et à la promotion sociale et intellectuelle, symbolisée par des échelles.

Visite guidée des tableaux de Pascal Poirot.

Intérieur du temple d'Abreschviller
L’intérieur du temple d’Abreschviller, avec les tableaux de Pascal Poirot
Un culte au temple d'Abreschviller en 2018
Un culte au temple d’Abreschviller en 2018, avec le pasteur Régine Lehner

Retrouvez ici l’actualité de la paroisse d’Abreschviller-Lafrimbolle.