Pâques 2020 : vulnérabilité, silence, résurgence


Vulnérabilité, silence, résurgence

Chers tous,

Nous voici dans notre quatrième semaine de confinement, situation complètement inédite. Nous devrions nous préparer pour les fêtes pascales, vous accueillir dans nos temples pour Vendredi Saint et le dimanche de Pâques, chanter ensemble « À toi la Gloire » et nous réjouir du message de la Résurrection !

Mais ceci, c’était avant, avant le covid 19, avant cette petite chose que l’on ne voit pas et qui bouleverse profondément notre fonctionnement, nos certitudes, nos projets, nos vies tout simplement.

Pour ces fêtes de Pâques si particulières, j’aimerais vous parler de la vulnérabilité. La vulnérabilité n’est pas très tendance dans notre monde ; la vulnérabilité n’a pas bonne presse. Son étymologie nous révèle que la vulnérabilité est le caractère de ce qui est fragile, précaire, de ce qui peut être attaqué, blessé, endommagé… Et ces attributs, nous ne les aimons pas.

Dans la société (actuelle), enfin jusqu’ici, nous devions faire preuve de force, de puissance, nous devions nous équiper le plus possible pour ne pas être vulnérables. Et pourtant, aujourd’hui, nous réalisons le contraire ! Plus que jamais, notre humanité est fragile, précaire, blessée… Oui nous sommes vulnérables ! Voici ce que dit Boris Cyrulnik à ce sujet :

« La modernité nous rend de plus en plus vulnérables. Elle améliore les conditions matérielles, mais elle crée des problèmes qu’on ne contrôle pas. C’est vrai par exemple pour les écrans, qui améliorent incroyablement notre communication, mais qui détruisent nos relations affectives et notre psychisme. C’est vrai pour l’espérance de vie, qui augmente grâce à nos progrès techniques, alors que les maladies dégénératives, les cancers, les infarctus augmentent sans cesse. Le coronavirus est un nouveau signe de notre vulnérabilité ».

L’image ci-dessus montre une bougie et les premiers mots de la genèse en hébreu :

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre »

Genèse 1, v.1

Au commencement de l’histoire du christianisme, il y a un évènement essentiel : la résurrection, une histoire entre le ciel et la terre. Entre cette croix plantée dans la terre, ce tombeau creusé dans la pierre et Jésus ressuscité qui nous promet la vie éternelle, une espérance inédite, une vie autre, différente de la vie terrestre, une naissance au ciel. La victoire de la vie sur la mort ! Ces mots sont au cœur du récit de Pâques ; mais aujourd’hui, confrontés à une pandémie, nous les recevons plus fortement. Les personnes guéries du coronavirus parlent d’une nouvelle naissance, d’une sortie de l’enfer, d’une résurrection ! Les personnes endeuillées reçoivent cette parole de consolation de la vie éternelle pour leur proche et cet espérance est essentielle ! Nous sommes ainsi à la fois vulnérables et forts, blessés et immunisés, endommagés et cuirassés.

Au Moyen-Âge, on parlait du triduum pascal, cet espace de trois jours du jeudi soir au dimanche de Pâques. Cette année, nous ne nous verrons pas pour le culte du Vendredi Saint, ni d’ailleurs pour celui du dimanche de Pâques.

Je vous propose une méditation en trois temps autour de cet espace de trois jours :

Vendredi Saint : le temps de la vulnérabilité

Il s’agit de réfléchir sur la vulnérabilité, tout comme nous l’avons fait à l’annonce de la pandémie et au début du confinement. Jésus en mourant ce jour sur la croix, nous montre à tous sa vulnérabilité. Elle éclate au grand jour, elle explose aux yeux de tous, Jésus est mort ! Lui qui, quelques jours auparavant, était encore acclamé par la foule, est mort ! Nous pouvons toujours nous demander si Dieu n’aurait pas pu faire autrement. Y avait-il un autre moyen que la croix pour dire ce qu’il a dit, manifester ce qu’il a révélé ?

Nous ne pouvons pas et nous ne devons pas nous mettre à la place de Dieu mais écouter ce que Dieu a fait lorsqu’il a pris la place de l’humain, rien d’autre à faire qu’écouter… Et nous savons que la croix est un acte qui dit le don et le pardon de Dieu. Nous ne pouvons pas changer le passé, faire comme si la croix n’avait pas eu lieu. L’engagement pour nous de Dieu est irrévocable, il ne nous reste qu’à vivre de ce don. Il nous aime et est allé au bout de cet amour pour nous.

Samedi Saint : le temps du silence

Le temps de la sidération, du silence, représente ce temps du confinement après l’annonce, ce temps de l’attente, ce temps de l’adaptation, car finalement nous nous adaptons… Nous savons ce qu’il se passe mais nous ne connaissons pas encore l’avenir, pour l’instant, c’est un entre-deux, un temps un peu hors du temps. C’est aussi le temps du questionnement, pourquoi ? Pourquoi le coronavirus ? Pourquoi des personnes meurent ? Pourquoi le confinement ? Pourquoi tout se complexifie ?

C’est tout le cri du psalmiste ; je vous encourage à relire le Psaume 88 v. 2-4 (il s’agit du psaume du Samedi Saint dans la liturgie) :

« Seigneur, mon Dieu sauveur. Le jour, la nuit, j’ai crié vers toi.

Que ma prière parvienne jusqu’à toi ; tend l’oreille à ma plainte.

Car ma vie est saturée de malheurs et je frôle les enfers ! »

Psaume 88, v. 2-4

Dimanche de Pâques : le temps de la résurgence

Avez-vous déjà été en présence d’une résurgence ? Il s’agit d’eaux souterraines qui sourdent à la surface. Ce sont souvent des lieux emplis de paix et d’énergies positives. Au sens figuré, la résurgence est le fait de réapparaître, de ressurgir.

Je pense que nous connaîtrons la résurgence après le temps du confinement. Notre lot à tous est maintenant de vivre comme ces eaux souterraines, qui sont tout simplement confinées, juste en dessous, et un jour elles trouvent le chemin de la lumière. Nous sommes sur ce chemin ! Chaque jour nous rapproche de la fin du confinement.

Le message de Pâques nous parle de ce chemin de lumière. Nous croyons en la Résurrection ; oui, Jésus est ressuscité et cette affirmation est bien plus forte aujourd’hui en raison de la situation. Jésus est ressuscité pour que nous vivions, alors vivons ! Soyons vivants, vraiment, en pleine conscience ! Aimons, partageons, soyons bienveillants, soyons réconciliés avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu ! C’est ainsi que nous deviendrons des ambassadeurs de Dieu en Christ.

« Nous sommes donc des ambassadeurs envoyés par le Christ, et c’est comme si Dieu lui-même vous adressait un appel par nous : nous vous en supplions, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

2 Corinthiens 5, v. 20

C’est par cette réconciliation que nous serons le trait d’union entre la terre et le ciel !

AMEN


Prière 1

Allumez une bougie, lisez le texte doucement, seul(e) ou à deux (si vous êtes confinés à plusieurs).

Respirez et prenez le temps.

Jésus est venu dans le monde comme une lumière qui luit dans les ténèbres.

Et les ténèbres n’ont pas pu l’éteindre !

Il est venu habiter parmi les humains ; il est devenu l’un d’eux, pour partager leurs joies, leurs soucis et leurs souffrances.

Nous voulons marcher sur ses traces, nous voulons le suivre sur son chemin.

Par sa mort et sa résurrection le monde a retrouvé une espérance.

Louons Dieu et rendons grâces à notre Créateur.

La flamme de l’espérance continue à briller dans les ténèbres. Elle apporte l’espérance là où le désespoir, la souffrance et la peine veulent détruire la vie.

Que la chaleur de cette flamme réchauffe le cœur des personnes contaminées par le virus, de leurs proches, des soignants, des personnes qui travaillent, des personnes qui décident, de nous tous, confinés en ce temps de Pâques.

La communauté des croyants a pour mission de veiller à ce que cette flamme ne s’éteigne pas ; elle a pour mission de transmettre la lumière de l’espérance à tout être qui vit.

O Seigneur, Dieu d’amour, remplis-nous de ton Esprit d’amour.

Amen


Bénédiction

Que la lumière de l’espérance éclaire notre chemin.

Que l’arbre de la paix nous donne son ombre.

Que la vague de l’amour nous porte au-delà de la mer.

Que la force de la vie nous rende flexibles.

Qu’elle nous aide à prendre racine, là où nous sommes.

Que chacun reçoive réconfort et encouragement de la part de notre Seigneur.

Amen

Votre pasteur, Régine Lehner


1 D’après une prière « Église et Sida », Sinfonia Oecumenica, Célébration avec les Églises du monde, page 541.